Pour courir un 6 jours, il faut vraiment se persuader que l’on en est capable.
Avoir couru au préalable, des 100km, 24h, 48h, aide à se forger l’opinion.
Il faut aussi mettre en place une stratégie : alternance 2h de course, 1h de marche en incluant dans l’heure de marche, repas, douche, sommeil, etc …
Par jour, le sommeil est de l’ordre de 2h45, avec 2h fixent entre 2 et 4h du matin, et 3 siestes de marin au gré de la fatigue.
Le circuit faisait 1.025km, et le parcourir 700 fois, contribue à bien le connaitre et à l’apprécier.
J’étais installé, comme les autres concurrents, au bord du circuit, avec couchage sur le siège passager de ma voiture.
Les affaires de rechange, triées dans des petites boites en carton et positionnées sur le siège arrière, 2 paires de running, et un peu de ravitaillement personnel, encombraient les volumes de mon véhicule.
C’est le genre d’épreuve, où il faut gérer le sommeil, s’arrêter le moins possible, avancer en courant à l’économie, éviter toutes les pertes d’énergie inutiles, par exemple en ne frottant pas les pieds au sol.
Sans cesse, penser à optimiser l’alimentation en rapport à la dépense énergétique, car surconsommer des aliments met à contribution le système digestif, fatigue l’organisme, et ne permet pas d’être fluide en course.
Je suis parti tranquille, naviguant vers la 20ème place lors de la première journée, mais ma régularité, m’a rapidement permis de gagner des positions, pour atteindre le podium, qu’il a fallu défendre jusqu’au bout.
Les 2 premiers jours, tout le monde t’encourage, le 3ème jour, il y a une forme de reconnaissance, mais les 4ème et 5ème jours, tous ceux devant s’observent, c’est la guerre, chacun pour soi, et le 6ème jour, il faut s’accrocher pour garder sa place, malgré la douleur, il faut courir, et lorsque les positions sont figées, tout le monde s’embrasse, se félicite.
Le corps met 2 jours pour passer d’un rythme normal à un rythme de circadien.
Les muscles au début, font mal, l’estomac et le système digestif, s’étalonnent, puis une fois passé les 300km, on ne sent plus la limite, le corps s’est adapté.
Le staff médical est là pour soigner tous les bobos, dont les fréquentes ampoules qui finissent par se faire oubliées.
Seule, l’inflammation du releveur droit, est venue me ralentir, ce qui ne m’a empêché de pousser le jeune Israélien, premier de cordée, dans ses retranchements.
Les messages d’encouragement émis sur le site de l’épreuve et distribués 3 fois par jour, m’ont dynamisé, effaçant en partie la douleur.
Il y a eu des moments de flop, de laché-prise, d’errance mentale, mais ma chérie était dans mon cœur, et sa présence au téléphone me raccrochait à l’espoir.
Au fil de l’épreuve, le temps s’accélère, mais lorsque ça s’arrête, les réserves sont épuisées, la fatigue dure et la semaine suivante suffit à peine à recharger la bête.
Je remercie sincèrement toutes les personnes qui m’ont encouragé par leurs messages, leur SMS, leurs appels … vraiment Merci !